Ernest PEPIN

Comment n’entends-tu pas mon amour silencieux et muet La mer le dit pour moi en battant son jeu de vagues bavardes La pluie l’étale au carrefour Le répète à chaque citerne assoiffée Ou bien le chante en notes discrètes au feuillage surpris Comment n’entends-tu pas le silence du soleil La cadence du silence Ce qui vit en silence dans le jardin des yeux La rancune gonflée d’absence Et la valse immobile des élans étouffés Comment Dire Suggérer Faire comprendre Mes bras toujours tendus Mon corps toujours malade Mon cœur aux feuilles sèches Comment n’entends-tu pas Le silence qui s’effondre dans la bouche Et la bouche plus lourde qu’un aveu Le vent le dit aux pétales L’arbre le dit tout bas au rendez-vous de l’ombre C’est vrai mon amour se tait Marche à petits pas  dans le sentier des mots Fait semblant de croire à l’habitude Sort de temps en temps la tête de son trou Dit mille et une choses lisses et banales Mais il couve Mais il crie Mais il attend Tu peux ne pas le prendre Tu ne peux pas ne pas l’entendre Il crépite trop Comme un silence qui prend feu

© 2018 Les temps sont durs pour les rêveurs